Ouverture, transparence et rayonnement : trois points pour lesquels les institutions publiques devraient adopter le Fédivers — Article d'Elena Rossini transcrit en français
Avertissement : cet article ne reflète pas mes opinions ou convictions personnelles. Je n'en fait qu'une transcription (une traduction légèrement adaptée). Évidemment qu'on n'adhère pas entièrement aux opinions l'un à l'autre. L'intérêt de cette transcription est de le rendre disponible aux publics francophone.
Je ne pense pas pouvoir rendre justice à l'article originel dans cette traduction. Vous pouvez le lire ici : https://blog.elenarossini.com/openness-transparency-and-reach-three-reasons-why-public-institutions-should-embrace-the-fediverse/. Je reprend l'article à la première personne, mais ce n'est évidemment pas moi qui l'ai écrit ou qui fait preuve de son propos.
Toute déformation de sens peut être due à une mauvaise traduction ou interprétation de ma part. Je m'en excuse d'avance.
De nos jours, la majorité des institutions publiques, hommes et femmes politiques ainsi que les services de transports, de météorologie et d'alerte en Europe continuent à diffuser leurs messages via X (anciennement appelé « Twitter ») — un réseau fermé et propriétaire, détenu par l'homme le plus riche du monde. Ce réseau social est connu pour ses biais importants ( avec des algorithmes qui promeuvent les contenus d'extrême-droite ) et, de façon plus alarmante, la création de contenu pornographique non-consensuel de femmes ou d'enfants à travers son système IA Grok fait en interne. Les animateurs du podcast « The Europeans » décrivent à juste titre le réseau X, dans leur épisode la récente, comme une « friche de droite alternative infestée de bots ».
Plus que jamais d'actualité, l'Europe nécessite une plateforme de communication publique, ouverte et accessible à tous ces citoyens, sans besoin de comptes — un réseau indépendant et dépourvu de la censure algorithmique opaque ou politique.
Dans un éditorial puissant intitulé « The world needs social soveignty », « Le monde nécessite la souveraineté sociale », la responsable communautaire de Mastodon Hannah Aubry écrit
Calls for public institutions to invest in digital sovereignty are increasing across civil society. The term digital sovereignty means that an institution has autonomy and control over the critical digital infrastructure, data, and services that make up their online presence. Up until this point, social media has not been a part of this conversation. We think it is time to change that.
Les appels lancés aux institutions publiques pour investir dans la souveraineté digitale s'accroissent. Le terme souveraineté numérique implique qu'une institution ait l'autonomie et le contrôle sur l'infrastructure digitale critique, données ainsi que services qui forment leur présence numérique. Jusqu'ici, les réseaux sociaux ne faisaient pas partie de cette conversation. On pense qu'il est temps de changer cela.
Jusqu'à aujourd'hui, plusieurs organisations gouvernementales ainsi que politiciens semblent préférer les plateformes « Big Tech » tel que X, Facebook et Instagram, puis Bluesky pour leurs communications. Quoique Bluesky soit techniquement basée sur un protocole ouvert (le protocole AT) qui permet la portabilité de données, 98% de ses comptes demeurent hébergés sur le serveur Bluesky principal. J'étais bien sceptique sur Bluesky, alors que j'étais l'une des premières à l'adopter, parce qu'il reproduit, à mon avis, bon nombre des conduites dangereuses des plateformes Big Tech (que j'aborde plus loin dans l'article).
Dans cet article, je vais vous expliquer pourquoi je considère Mastodon et le Fédivers comme un choix beaucoup plus approprié pour les institutions publiques, les services essentielles et les politiciens. Je vois trois avantages clefs pour ces réseaux basés sur le protocole ActivityPub – ouverture, autonomie et portée.
Point n°1 : Ouverture
En contraste avec les « walled gardens » (écosystèmes fermés) des Big Tech.
Saviez-vous qu'il est possible de lire les publications publiques des réseaux sociaux fédérés avec des lecteurs RSS?
Il n'y a pas besoin d'un compte Mastodon, Friendica ou GoToSocial pour lire les publications que la Commission européenne (CE) partage sur son compte Mastodon. Pourquoi ? Parce que tout profil Fédivers sert également de flux RSS. Le profil mastodon de la Commission européenne est disponible à cette addresse en anglais : https://ec.social-network.europa.eu/@EUCommission?ref=blog.elenarossini.com. Si vous copiez l'adresse et rajoutez « .rss » à la fin (merci Ruud pour l'indice), puis vous collez le lien dans un flux RSS, vous pouvez suivre les messages publics publiés par ce compte dans un lecteur RSS de votre choix.

La magie de RSS : pas besoin de comptes Mastodon ou du Fédivers pour lire les publications.
En revanche, quand la Commission européenne publie un message sur Facebook, Instagram, LinkedIn ou X, le contenu n'est accessible qu'après connexion – il est donc inacessible à ceux qui n'y ont pas de compte.
Aral Balkan, le co-fondateur de Small Technology Foundation, a écrit la semaine dernière à propos de ce problème, montrant comment les personnes qui n'utilisent pas les réseaux sociaux « Big Tech » sont exclues des communications qui circulent sur Intagram, Facebook et X :

On est devenu habitués à ces pratiques depuis plus que de vingt ans. Il est temps de dire : « Ça suffit. ». C'est absolument inacceptable pour les communications provenant des comptes d'institutions publiques, d'éminents responsables politiques et de l'infrastructure publique (je pense notamment aux alertes en cas de désastres naturels, les mises à jour de transports et les services consulaires). Les institutions publiques sont financées par l'argent public : leurs communications servent l'intérêt commun et devraient être ouvertes à tous – sans besoin de créer de comptes sur des réseaux sociaux fermés, propriétaires et à but lucratif. Ceci est d'autant plus important pour les communications gouvernementales européennes : n'est-il pas absurde qu'ils exigent des comptes sur des réseaux sociaux détenus et gérés par des entreprises basées aux États-Unis ?
Pourquoi pensez-vous que cette pratique persiste jusqu'aujourd'hui ? Personellement, je pense que c'est un mélange d'analphabétisme technologique, d'une inertie au changement, et peut-être d'un attachement à des indicateurs visibles (comme un nombre élevé d'abonnés). Il est difficile d'abondonner un compte avec des centaines de millieurs d'abonnés pour recommencer à nouveau sur un autre réseau – même si l'ancien réseau social ne suscite aucun intérêt, si ce n'est l'intéraction des bots qui l'envahissent.
Des alternatives européennes et éthiques existent d'ores et déjà. Elles se distinguent par de nombreuses autres raisons. En plus d'être ouvertes, elles font preuve d'autonomie et de rayonnement.
Point n°2 : Autonomie (des usagers)
Algorithmes opaques et complexes, vs Flux chronologiques
Les plateformes Big Tech et – je me permets de l'inclure – Bluesky font entièrement recours à des algorithmes complexes et opaques pour afficher les publications dans leurs fils d'actualités.
Implicitement, le but de ces algorithmes est de faire en sorte que les utilisateurs restent « scotchés à leurs écrans » le plus longtemps possible, dans le but de leur afficher davantage de publicités. C'est ansi que les réseaux sociaux commerciaux maintiennent leur coût opérationnel et génèrent des bénéfices.
Bluesky n'a pas encore introduit de publicités – mais ça arrivera peut-être un jour, pour devenir rentable. Elle a reçu 15 millions de dollars dans le cadre d'un tour de financement de série A conduit par la SCR Blockchain Capital. Ce n'est pas un don pour une cause : il faudrait bien que Blockchain Capital (dont le slogan est « Partners to crypto builders since 2013 », soit « Partenaires pour les développeurs de cryptomonnaies depuis 2013 ») réalise des retours sur leur investissement – sachant que les publicités sont la manière la plus simple pour la rendre rentable. Son nouveau PDG par intérim, Toni Schneider, a partagé dans un blog post ce qui peut être traduit par « Bien que nous réfléchissons très activement à comment nous allons gagner de l'argent, les publicités sont près du bas de la liste d'idées. ». Et pourtant, cela me fait penser à Sam Altman, le PDG de Open AI, qui a changé d'avis sur les publicités. Il déclare en 2024 : « Je pense des publicités comme un dernier recours pour nous en termes de modèle économique. ». Néanmoins, en Janvier 2026, il est en train de tester les publicités dans ChatGPT. Netflix avait suivi une trajectoire semblable.
Si on met de côté les problèmes de monétisation, comment les algorithmes font-ils de sorte que les utilisateurs restent fortement engagés ? Simplement, elles mettent en avant les publications qui éveillent des sentiments de colère ou de peur, ou qui attirent l'attention avec des sujets sensationnels.
Les utilisateurs de ces plateformes n'ont pas un contrôle total. Le contenu qu'ils reçoivent est dicté par des algorithmes opaques. Et même si Bluesky promet de donner le choix avec une approche « choisissez votre algorithme », les algorithmes restent toujours les maîtres du jeu.
Vous me dîtes : “Quel est le problème des algorithmes opaques ?”. En quelques mots, les algorithmes exploitent les faibless humaines. Dans son article emblématique « This Is How Your Fear and Outrage Are Being Sold for Profit », soit « C'est ainsi que votre peur et indignation sont rentablement vendus », publié en juillet 2017, l'auteur Tobias Rose-Stockwell explique que les fils d'actualité piratent “votre attention avec des emballages émotionnels”. Rose-Stockwell discute à propos de l'“engagement affectif” en affirmant que les publications qui éveillent des émotions fortes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, mènent à des taux d'engagement plus élevés, et sont donc données priorité par les algorithmes.
The News Feed tends to prioritize content with these affective emotional hacks — they lead to more clicks, likes, shares, and comments. As content producers compete for this type of affective engagement, this battle for attention creates what tech ethicist Tristan Harris has called “a race to the bottom of the brain stem.”
Les fils d'actualité ont tendance à favoriser les contenus avec ces manœuvres émotionnelles —elles mènent à plus de clics, de « J'aime », de partages et de commentaires. A force de concurrence sur ce type d'engagement affectif entare les créateurs de contenu, la lutte pour attirer l'attention crée ce que Tristan Harris, spécialiste en éthique des technologies, décrit comme “une course vers le bas du cerveau réptilien”
Les publications importantes des politiciens et des institutions publiques devraient-elles concourir avec des discussions titillantes ou provocatrices de comptes aléatoirs auxquels on n'est même pas abonné?
Je ne crois pas.
En revanche, les fils d'actualités de Mastodon et du Fédivers se composent de publications qu'on choisit en s'y abonnant. Ainsi se manifeste la vraie autonomie des utilisateurs.
Dans un récent entretien avec le podcast « The Europeans » mentionné plus haut, à Eugen Rochko, le fondateur de Mastodon, fut posé la question suivante, traduite ainsi : « Pensez-vous qu'on puisse vraiment opérer un réseau social d'une manière algorithmique et éthique en même temps? ». Ceci fut sa réponse (la mise en gras étant un rajout de ma part) :
That's a complicated question because obviously it all depends on the details, right? What is the algorithm? How does it work? And Mastodon, as any programming application, has lots of algorithms inside it, but the algorithm for the whole feed is very simple. It is chronological in reverse order. That is also an algorithm, but a very simple one. We do have a trending feed, which is how you can find stuff that you wouldn't normally come across, but it is the same for everyone. It is kind of divided by language, so you see trending posts in your own language, and somebody who speaks a different language would see different posts in their language. If we're talking about algorithmic feeds like they are on Instagram, they are kind of addictive. You can't really tell when you've caught up since the last time you looked at it. So you have to scroll and scroll and scroll, and you might not stop until you realize "oh, I'm doom-scrolling" versus if it is the same every time you load it and it is in an order you can predict, then you can scroll through it, see the new stuff, then say "okay, I've already seen this" and then you can just stop scrolling. And this is one way that Mastodon saves you time because it doesn't try to get you to stay on for as long as possible. It's just like, okay, here's what you want to see, now you can move on with your life.
C'est une question compliquée car ça dépend, évidemment, entièrement des détails, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que c'est que l'agorithme ? Comment fonctionne-t-il ? Et puis, Mastodon, come toute autre application de programmation, contient plusieurs algorithmes dedans. Mais l'algorithme du fil d'actualité en son entiereté est très simple. C'est un flux chronologique dans l'ordre inverse. C'est aussi un algorithme, mais un qui est très simple. On a bien un fil des tendances en plus, dans lequel on peut trouver du contenu sur lequel on ne tombe pas naturellement, mais c'est le même pour tout le monde. Il est plus ou moins divisé par langue, donc vous pouvez voir des publications en vogue dans votre propre langue, et quelqu'un qui parle un autre language verrait d'autres publications dans la sienne. Si on parle des flux algorithmiques comme ils se manifestent sur Instagram, ils sont un peu addictifs. On ne peut pas savoir si on a suivi l'intégralité du fil depuis la dernière fois qu'on l'a ouvert. Ainsi vous devez défilez, défilez et encore défilez, et vous vous n'arrêteriez peut-être pas jusqu'à ce que vous vous rendiez compte “Oh non, je suis en train de doomscroller...”, versus quand c'est la même chose à chaque fois que vous le rechargez, dans un ordre prédictible, où vous pourriez alors défiler dessus pour voir des nouvelles publications puis se dire “Ah, j'ai déjà vu cela.”, et arrêter ainsi et simplement de défiler. Et ça, c'est une manière dont Mastodon vous fait gagnez du temps, parce qu'il n'essaie pas de vous retenir le plus longtemps possible. C'est simplement comme si : “Ok, voici ce que tu veux voir. Tu peux désormais passer à autre chose. ”
Ce qui est agréable avec le Fédivers, est que les gens peuvent également s'abonner à des hashtags et peupler leurs fils d'actualités avec du contenu qui les intéresse bien, tout en découvrant de nouveaux profils à suivre.
Les politiciens européens et les institutions européennes peuvent exploiter cette fonctionnalité puissante en initiant des conversations autour de sujets importants que les citoyens peuvent suivre et auxquels ils peuvent participer.
Le fédivers promeut un véritable choix et une vraie autonomie. En premier abord, le Protocole AT semble faire pareil, permettant aux gens d'ajouter des fils personalisés (“Choisissez votre propre fil d'actualité! Flux maintenus par la communauté pour vous aider à trouver du contenu que vous aimez”), mais la dépendance sur des algorithmes mystérieux d'une diffusion séléctive de contenu reste préoccupante.
La question de visibilité et de portée se pose alors : qui peut voir vos publications?
Point n°3 : Rayonnement (ou Portée) des publications
Les créateurs de contenu doivent concevoir constamment des stratégies de mots-clés ou de timing de mise à jour de statut quand ils utilisent les plateformes algorithmiques de Big Tech ou de Bluesky. Les algorithmes ne diffusent pas le contenu à tous ses abonnés, mais seulement à une portion d'entre eux.
Certes, on peut dire que Bluesky offre un fil d'actualité « Abonnés » qui montre les publications de comptes qu'on suit, dans un ordre bien chronologique, mais je dirais que très peu de gens l'utilisent. J'ai presque 1200 abonnés sur Bluesky. Quand j'étais active dessus, il était courant que mes publications ne reçoivent aucune réaction. Rien, zero. Similairement, beaucoup de publications d'amis sur la platefome, dont certains avec 6000 à 10 000 abonnés, ne suscitaient que peu, voire aucune réaction. Si la majorité des utilisateurs de Bluesky utilisait le fil “Abonnés” chronologique comme fil d'actualité par défaut, ça ne peut pas arriver. Pour moi, le manque d'engagement sur Bluesky, malgré le nombre relativement élevé d'abonnés, est un signe que la majorité d'utilisateurs préfèrent des flux algorithmiques opaques qui font ressortir du contenu “intéressant” (autrement dit, à fort engagement émotionnel) provenant de tout le réseau.
Le contraste entre Bluesky/ATProto et le Fédivers est frappant.
Par exemple, ke journaliste de tech Casey Newton (fondateur de Platformer) a plus que 250 000 abonnés sur Bluesky. Et pourtant, il a souvent très peu de repartages et de commentaires sur ses publications.


Des captures d'écran du profil Bluesky de Casey Newton, indiquant qu'il a 252 milles abonnés mais souvent très peu de repartages à ses publications.
En revanche, avec “seulement” 12 000 abonnés dans le Fédivers, j'ai souvent des centaines de repartages et commentaires sur mes publications.


Captures d'écran de mon profil Mastodon qui montre que j'ai 12 000 abonnés... et souvent des centaines de repartages et d'étoiles. Une publication récente à moi fait preuve de 104 commentaires.
Mercredi, j'étais hors-ligne pour la bonne part de la journée, et quand j'ai ouvert l'application Ivory de iOS dans l'après-midi, j'ai trouvé une bulle rouge indiquant 173 de réponses à l'un de mes toots – accumulées au fil des 9 dernières heures.

Je dirais qu'un fil d'actualité à ordre chronologique favorise la visibilité et la transparence des publications.
Conclusion : +1 pour un vrai forum public et ouvert
Les institutions publiques et les éminents responsables politiques devraient-ils partager leurs messages sur des réseaux sociaux aux algorithmes opaques? Ou devraient-ils mettre le point sur l'autonomie et la transparence, garantie par les flux chronologiques?
Il n'existe pas une seule réponse à cette question. Ralf Stockmann, directeur du développement numérique et du réseautage d'affaires à ZLB (Zentral- und Landesbibliothek Berlin, ou Bibliothèque centrale et d'État de Berlin) a proposé une stratégie « +1 » de communications pour les institutions publiques pendant une présentation à la Journée berlinois du Fédivers en 2024 (vidéo).
Stockmann suggère que les institutions publiques continuent à utiliser leurs profils sur les réseaux sociaux Big Tech, mais qu'elles rajoutent au moins un profil adjacent sur un réseau ouvert et libre, qu'elles le prennent au sérieux en apprenant et en s'ajustant à la culture du Fédivers, et non simplement qu'elles y refilent leurs contenus en le traitant comme une autre instance Instagram ou X.

Actuellement, très peu d'institutions publiques prennent cette approche. Dans une volonté de transparence et de responsabilisation, le site web de la Commission européenne permet le public d'effectuer des recherches dans une base de donnée sur ses réseaux sociaux à contrôle minutieux : on peut voir combien d'associés à la Commission européenne tiennent des profils sur X, Facebook, Bluesky, Mastodon ou sur toute autre réseau social – avec les liens vers ces sites :

Malheureusement, 445 membres de la Commission européenne sont toujours actifs sur la plateforme X d'Elon Musk. Par ailleurs, 309 demeurent actifs sur la plateforme Facebook de Mark Zuckerberg, 163 sur Instagram, et 6 sur Threads. Si vous cherchez Mastodon, seulement deux résultats se manifestent – mais la page peut être obsolète à fur et à mesure que les commissaires rejoignent le Fédivers.
De mes obvervations personnelles, en regardant les profils internet auxquels la Commission européenne est abonnée sur Bluesky, cette plateforme algorithmique basée sur le protocole AT est beaucoup plus populaire que le Fédivers auprès de ses membres officiels.
Les profils Bluesky peut être reliés au Fédivers via un outil qui s'appelle Bridgy Fed – mais je pencherais plutôt pour une stratégie plus mesurée dans le but de servir l'intérêt commun des citoyens européens, une qui consiste à ce que la Commission européenne concentre ses efforts de communication sur son instance Fédivers, dont elle a le contrôle total...
Et s'ils veulent « relier » leur contenu à Bluesky, ils seront bel et bien capables de le faire – ainsi, ce serait relier le Fédivers à Bluesky, et non l'inverse. Un exemple serait le profil du journaliste espagnol Thiago Ferrer Morini qui relie son compte Mastodon à Bluesky.
La Commission européenne a déjà un compte influent dans le fédivers.

Je suppose qu'une façon de les encourager d'y rester actifs est de les faire se sentir vus et appréciés.
Comment s'y prendre?
Avec des commentaires et réactions à leurs publications au lieu de chercher les petites bêtes et critiquer – cette faute dont, moi aussi, il m'est arrivé de comettre par le passé.
Mon amie Sandra Barthel, co-fondatrice de l'alliance « Open Networks and Democratic Public Spheres » (« Réseaux ouverts et sphères publiques démocratiques »), met l'accent sur l'importance du financement public des réseaux ouverts européens (l'une des principales demandes de l'alliance étant un « fonds Fédivers » de 30 millions d'euros par an). Selon Sandra, il faut s'assurer que les organisations européennes et les entreprises privées qui perçoivent des fonds publics dans le but de la souveraineté digitale et sociale s'engagent honnêtement au principe d'ouverture :
National or European stacks which are presented by European governments or initiatives, like the "Deutschland Stack" (German stack) or debates over "Eurostacks" are lacking a clear focus on open-source software, open standards and open interfaces. Therefore such suggestions aren't sustainable. Instead, we should fund collaborative open projects involving European and international developers and non-developers, ensuring public money benefits the public good and not only private interests.
Les « piles » technologiques européennes et nationales présentées par les gouvernements ou initiatives européens, comme le “Deutschland Stack” (pile technologique allemande) et comme les débats autour des “Eurostacks”, manquent de vision claire vis-à-vis des logiciels libres, des normes ouvertes et des interfaces ouvertes. De telles propositions ne sont donc pas tenables. À la place, il faudrait financer les projets ouverts et collaboratives qui impliquent les développeurs et les non-développeurs européens et internationaux, tout en s'assurant que l'argent public serve un bienfait public, et non seulement des intérêts privés.
Imaginez toutes les opportunités : rendre le Fédivers un véritable moyen public qui permet de réaliser la promesse originelle de l'internet, celle de relier les gens et servir leurs intérêts... Une promesse dépourvue d'impératifs commerciaux.
Par où commencer ? Pas à pas. Rajouter le logo de Mastodon au pied de page du site web de la Commission européenne – à côté de ceux de X, Facebook, et les autres réseaux sociaux basés aux États-Unis – aura deux bienfaits clairs :
- Faire preuve d'engagement de la part de la Commission européenne envers une plateforme sociale européenne, libre, interopérable et respectueuse de la vie privée.
- Introduire Mastodon aux citoyens européens qui ne le connaissent pas, et ainsi sensibiliser le public à des alternatives viables aux réseaux sociaux Big Tech.
Qu'en pensez-vous ?
Dans l'attente de vos commentaires et suggestions.
Resources supplémentaires :
- Essai de Hannah Aubry : “The World needs social soverignty”
- Le site web “Open Networks and Democratic Public Spheres”
- Réseaux sociaux : suivez “Open Networks and Democratic Public Spheres” sur Mastodon
- Vidéo : FOSDEM 2026 : “Le Fédivers et la loi européenne sur les services numérique (DSA) : relever les défis des réseaux sociaux modernes?” (en anglais).

